Sasselange (Craponne) (suite1)

Abordons la vie de Jean François Régis de Sasselange qui entre le 21 janvier 1772 comme page du Roy à la Petite Ecurie à 15 ans sous Louis XV (1715 -1774). Le 1er janvier 1776, il est premier page du Roy à 19 ans sous Louis XVI (1774 -1793). Il a le bonheur de prouver au Roi Louis XVI un entier dévouement en plusieurs circonstances. Il reçoit d'honorables témoignages d'affection. Louis XVI lui fait don d'une épée. En 1777, Louis XVI l'élève au titre de marquis à 20 ans (nous ne connaissons malheureusement pas le motif de cette distinction) . Le 21 avril 1777, il est capitaine du régiment du Royal Cavalerie. En 1780, il est capitaine en second au régiment du Roi puis capitaine commandant en 1786. Le 7 mai 1788, il devient chef d'escadron dans son régiment chargé de la formation. En 1789, il commande dans le Poitou. Il doit réprimer de sanglantes émeutes portant les noms de Saint-Maixent, Lusignan et Poitiers. Il use de beaucoup d'énergie pour rétablir l'ordre et devient l'ennemi des révolutionnaires. Sa tête est mise à prix dans les clubs. Un jour, il est blessé d'un coup de pistolet tiré à bout portant. Il réchappe de justesse à la mort. Un grand nombre de gentilshommes se sont rassemblés à Poitiers sur ordre du Roi sous la conduite du Vicomte de la Châtre. Monsieur de Sasselange parvient à leur sauver la vie de leurs ennemis. Il fait preuve de prudence, de sang-froid et de courage. Le ministre de la guerre et le duc de Mailhé commandant de la province, lui adressent, à cette occasion des lettres flatteuses. Le Roi Louis XVI fait transmettre son opinion par l'intermédiaire de son colonel: "Que dans cette conduite il avait reconnu son premier page". Ses soldats sont les premiers témoins de l'étendue de ses qualités. Ils sont dévoués à sa personne. Ils combattent contre toutes personnes qui s'attaquent à leur supérieur comme si c'étaient eux qu'ils attaquaient. L'occasion est fournie à Orléans. Les clubs Orléanais signalent la présence du marquis de Sasselange. Ils usent de tous les moyens possibles pour exciter son régiment contre lui. La réponse des cavaliers est la suivante : "Si on touche à notre commandant, le fourrage de nos chevaux servira à mettre le feu à la ville". En 1790, les officiers de son régiment le députent auprès de Louis XVI. Il s'agit de prendre des ordres secrets au sujet de l'émigration. Mais le Roi exige qu'ils restent à leur poste. Il obéit à son roi. Le 8 janvier 1792, le Roi Louis XVI le nomme au grade de lieutenant colonel de son régiment de cavalerie. Le 15 mars 1792, il décide d'émigrer trois mois après sa promotion.

A son retour d’émigration, le 20 décembre 1815, il est nommé conseiller de préfecture à la place de Richard (révoqué) par ordonnance de sa majesté. Il garde ce poste jusqu'en 1830 où il démissionne pour incompatibilité avec le gouvernement. Il effectue un partage anticipé de ses biens de Craponne en 1836. Ce château de Sasselange fut acheté le 24 mai 1842 avec l'héritage laissé pour un montant de 145 000 francs. Ce château comprend des dépendances, une cour, une orangerie, des écuries, une basse cour, une grange, des jardins d'agrément et un jardin potager.

Passons à la vie palpitante de son frère Pierre Jules de SAGNARD DE SASSELANGE qui vécut de très nombreuses aventures à travers l’Europe. Pierre-Jules est né le 5 juillet 1763 à Craponne. Il est mort le 31 mars 1838 à Besseyre-St-Mary à 75 ans (canton de Pinols. Etant un cadet, il se doit d'entrer en religion comme ses soeurs. Il quitte le domicile parental pendant l'année 1781 à l'âge de 18 ans. Il entre en cléricature et devient même prieur de Saint-Pierre-le-Monastier du Puy-en-Velay, et de Saint-Julien-de-Chaspinhac et de Saint-Jean-Baptiste de Ceilles. Il est simple clerc tonsuré. Le 28 mai 1784, il a des démêlés, devant la Cour du Puy, avec le nouveau prieur Jacques Maurice Bruno Bardy, docteur en droit civil et canonique. Nous ne connaissons malheureusement pas la nature de ses démêlées. Le cours de sa vie va brusquement changer et il entame alors une brillante carrière militaire, domaine propre à la maison des Sagnard depuis trois siècles. Il entre en service  comme aspirant d'artillerie, le 30 juillet 1785. Il est promu sous lieutenant le 1 septembre 1786 et il est attaché à l'école d'Artillerie de la Fère près de Valence (avec comme éventuel célèbre compagnon de classe Napoléon Bonaparte) jusqu'en 1789. Le 4 octobre 1789, il est chargé, par une réunion de 260 officiers d'aller offrir leurs services aux gardes du corps menacés d'une attaque. Plus tard, il se trouve aux journées des 5 et 6 octobre. Il délivre deux de ses camarades de Lamothe et du Sauvage, attaqués dans la rue par douze brigands armés. Le bilan de l'affrontement se chiffre à cinq morts et deux blessés.

Il émigre au cours de la Révolution comme son frère. Il assiste aux affaires de Quievrain. Il fait partie des vingt cinq plumets blancs qui, sous les ordres du Comte Vinski, pénètrent dans le camp Français. Il sert dans le corps des hussards de Carneville (en Belgique) et des Uhlans Britanniques (un uhlan est un lancier). Il fait en Belgique les campagnes de 1793 et reçoit le 29 octobre 1793, quatre coups de sabre dont trois à la tête et un à la saignée du bras. Malgré ses blessures, il poursuit la campagne de 1794 dans le même corps. En janvier 1795, il s'engage comme quartier-maître de la deuxième compagnie des ulhans britanniques. Il se lie d'amitié à Liège, avec une fille de marchand, Marie Françoise Deprez en février 1795. Elle met au monde le 5 octobre 1795, à cinq heures du matin, un enfant mâle prénommé Mathias François qui fera souche. Cette union sera ignorée par ses concitoyens car tout le monde le croit célibataire et sans enfant (son testament ne mentionne pas cette liaison, sait-il qu'il est père ?). Lors de la prestation de serments devant le préfet du Luxembourg, le 23 mai 1802, son signalement est relevé : Il mesure 1,92 m, ses cheveux et sourcils sont châtains, ses yeux sont bleus, son nez est aquilin et il porte une: petite cicatrice sur le nez. Pendant cette période émigrée, il faisait le marchand et souvent le nouvelliste. De retour en France, il est maire de Craponne du 5 janvier 1810 au 23 février 1815. Entre 1805 et 1810, il est initié aux pratiques maçonniques et entre dans la loge de la Parfaite Union à l'Orient du Puy en Velay en 1805 (élu), 1808, 1810). Après sa fonction municipale, il est nommé sous-préfet d’Ambert le 6 novembre 1815, lors de son renvoi le 28 mai 1817,  le baron de Sasselange lance dans une llettre d’explication au préfet : son "Vive le Roi quand même !" en écrivant qu'au "dessus des caprices du sort, parce que je suis sans reproche, je sais adorer la main de mon Roi même lorsqu'elle me frappe". Sans doute profondément déçu, cet homme de conviction se retire dans le calme de son manoir du Besset dans le Gévaudan, récupéré après son retour d'émigration.

Son neveu est Antoine Jean François Régis de Sagnard de Sasselange qui se marie avec Adèlaide Charlotte Nathalie Bertrand de Rivière le 26 septembre 1836. Il est né le 3 mai 1807 à Craponne et il est mort le 6 octobre 1893 au château de Veauchette (notaire Rony de Montbrison). Elle est la fille de Denis Zacharie et d'Anne Marie Drouin de Rouville. Elle est née en 1825 et elle meurt le 23 janvier 1888 à 63 ans. Ils se sont mariés au château de la Rivière à Larochemillay dans la Nièvre. Six ans après leur mariage, Antoine de Sasselange et sa famille quittent Craponne en 1842, car pour la bourgeoisie voltairienne et libre penseuse d'alors, ses convictions religieuses sont un blâme et un exemple insupportable (selon les historiens locaux). En 1860, il accueille dans son château Napoléon III et sa femme Eugénie. C’est un des premiers en Forez à mettre en place la technique du métayage. En tant que membre du syndicat de la Mare, il crée des prairies irriguées par le canal du Forez (dont l’eau servit longtemps pour remplir le bassin qui fait face au château de Sasselange) et développe l’élevage des chevaux. Ils ont 3 enfants : Jean Régis (né le 15 octobre 1837 et  mort jeune), Marie Gabrielle Philippe (née à Craponne le 15 octobre 1839 et morte à Veauchette le 24 juillet 1919). Elle épouse les 14 et 15 février 1859 le baron Gabriel Marie Alban de Jerphanion, zouave pontifical, décoré de la médaille de Mentana (contrat de mariage signé par le Comte et la Comtesse de Chambord). Alban est né le 30 octobre 1835 à Lyon et il est mort à Lyon le 29 mai 1870. C'est le fils d'André Marie Jules de Jerphanion et de Louise Gabrielle de Cholier de Cibeins. Gabrielle reçoit de son père le château de Veauchette, avec ses fermes, ses vignes et ses bois. Ils ont six enfants dont Gabriel Adolphe Marie Jean de Jerphanion (25 mars 1869-17 janvier 1943) marié à Marthe Françoise Marie Veyre de Soras. Il est agriculteur et maire de Veauchette de 1897 à 1943 soit pendant 46 ans ! La dernière fille d’Antoine est Denise Jeanne (née le 14 septembre 1869) et qui se marie avec Raoul de Geffrier.

 

 

En conclusion, cette famille de Sagnard de Sasselange s'est rendue recommandable par sa réputation acquise sur les champs de bataille au service du Roi, ses alliances avec de riches héritières et la conduite exemplaire dans la gestion de son patrimoine terrien. Malheureusement, nous ne connaissons pas l'élément moteur qui les fait quitter leur hôtel particulier de Craponne pour le château de Veauchette. Est-ce les opinions à contre courant d'Antoine de Sasselange face à la bourgeoisie bien pensante de Craponne qui pousse cette famille à quitter ses terres cent soixante dix années après leur implantation ? Cependant, Veauchette les accueille pour cinquante ans avant que la famille de Jerphanion ne prenne la relève avec ce mariage. Cette famille garde ce château de Veauchette jusqu'en 1973.

 

 

 

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